Réflexions au sujet du chômage en France (et en occident)

1)  Les causes les plus souvent avancées sur les médias.

_ Echec de la relance de la consommation, appuyée sur une politique de l'offre.

C'est un argument déjà soutenu par l'un de nos plus grands économistes, à savoir M. R. Barre, dès 1976. Depuis, le chômage ne cesse d'augmenter.

Il doit y avoir un petit problème sous-jacent !

En fait, juste derrière cette idée il faut entendre, taux de croissance soutenu, c'est-à-dire idéalement 3%.

Il est incontestable qu'un taux de croissance* annuel supérieur à 6 ou 8 % devrait assécher les inscriptions à Pôle emploi… mais aussi nos ressources naturelles.

Petit rappel: [à partir de la formule du taux d'intérêt composés (1+t/100)n    t étant le taux, n étant le nombre d'année.  Si t ≥ 0, alors pour n grand la valeur numérique "tend  vers l'infini", même si t faible.]

Soit, 1 "ce que vous voulez". Par exemple 1 baril de pétrole pour satisfaire une certaine production.

Vous désirez faire croître votre production de 3% par an. (hypothèse du rendement du processus de production constant). Combien vous faudra-t-il de baril au bout d'un an,  de 10, de 100… de 1000 ans ?

Réponses:

Au bout d'un an 1,03 (baril de pétrole par exemple)…. c'est négligeable.

Au bout de 10 ans. 1,3439…. où est le problème ?

Au bout de 100 ans. 19,21… poursuivre…. ça va toujours !

Au bout de 1000 ans. 6 874 240 231 170… 6 billions 874 milliards 240 millions et des poussières !  

Le monde a déjà consommé 1,2  billions de barils de pétrole. Les réserves prouvées de pétrole représentent aujourd'hui 1,5 milliards de barils. Ce qui représente 40 ans de notre consommation actuelle. (source http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/Espace-Decouverte/Tous-les-Zooms/Les-reserves-de-petrole)

Il y a un problème de faisabilité de la mise en œuvre de cette fameuse croissance.

Pourquoi déléguer à nos enfants le soin de dire "stop" à cette approche de résolution du chômage ?

*Cet aspect de stratégie économique n'est pas l'objet de cet article. Il mérite un développement spécifique.

_Inadaptation (formation insuffisante) des postulants à l'embauche.

C'est la faute au système éducatif. (Cette stigmatisation a aujourd'hui des conséquences désastreuses sur ce que sont devenus et deviendront les programmes scolaires de la maternelle à l'université. Sur ce point aussi, un autre débat pourrait être entamé.)

Il y a toujours bien entendu, le témoin de service qui affirme du haut de sa connaissance de tel marché, qu'il cherche depuis des mois et des mois, tels types d'employés… mais en vain par manque de la qualification adéquate.

Objection !  Imaginez que d'un coup de baguette magique, ce soir, tous les Français(e)s sont diplômé(e)s des Mines, d'HEC Paris et disposent tous et toutes de tous les CAP des secteurs primaires et secondaires.

Qui peut croire un instant que, demain matin, il n'y aura plus de chômage en France ?

Pour lire la suite de cet article, "cliquez" sur le titre:  Une cause peu "avancée" du chômage en Occident : Les automatismes.


_La désindustrialisation du pays.

Sur ce point, nos Enarques, ont depuis les années 80, le mantra suivant dans leurs têtes: "L'avenir de la France n'est pas dans le secteur secondaire, mais dans le tertiaire…"

Tertiaire aujourd'hui prudemment rebaptisé "services".

Assurément, la présence de secteurs industriels conséquents sur le territoire serait un facteur favorable à l'emploi (exemple le plus évident: L'Allemagne).

C'est une lapalissade certes, mais qui a échappé à nos brillants Enarques.

Tenter de réindustrialiser le pays passera tout d'abord par un changement des programmes distillés dans les écoles d'administration et par une patiente et active propagande au profit des cursus "industriels".

Il y a 25 ans à peine, un élève brillant faisait sa prépa pour intégrer Polytechnique, les Ponts ou à défaut Centrale Paris. Aujourd'hui, cet élève va tenter HEC ou l'Essec. C'est un signe !

Cela étant dit, tout développement industriel "à croissance soutenable et peu/pas polluant" est souhaitable.

_La mondialisation.

Ce point n'est pas à dissocier totalement du précédent. La mondialisation et son corollaire, les délocalisations, ne sont évidemment pas à écarter comme causes effectives de la hausse du chômage.

Mais ce ne sont pas les seules et je m'efforce dans ces lignes de démontrer que les relocalisations sont des chimères.

Je tiens à souligner que contrairement à ce qui nous est assené, la mondialisation des échanges, n'est pas le fruit d'une loi de la physique, comme la pomme de Newton qui tombe dans le champ de la gravitation, mais bel et bien le fruit de règles édictées par les puissants, (à leur profit naturellement) , par le biais de leurs très officiels FMI (Fond Monétaire International), OMC (Organisation  Mondiale du Commerce), et consorts. Pour l'Union Européenne par le texte de sa constitution, dont la dimension financière est hypertrophiée.

Lorsque les Etats-Unis, par exemple, imposent un embargo commercial sur tel pays, c'est bien un acte politique. Le contraire,  le libre échange est aussi un acte politique.

_Ce que l'on entend aussi, du douteux au fumeux…

Il y a du chômage parce que….

Les chômeurs sont des fainéants qui ne veulent pas travailler.

Ou bien, un pays où l'on fait trois grèves par semaine, n'a pas l'esprit d'entreprise,

voire les Français sont pessimistes, c'est pas bon pour la consommation donc pour l'emploi.

 

2) L'autre raison: "L'évaporation" des postes humains remplacés par des automates.

Ce n'est pas vraiment nouveau ! Dès que l'homme a pris conscience qu'une pierre taillée était plus efficace que ses seules dents pour découper le gibier, il a augmenté sa productivité. Il mangeait plus vite… il pouvait chasser plus longtemps… ou se reposer un peu !

Si ce n'est pas nouveau alors !!! Où est le problème ?

Le problème réside dans l'explosion de cette productivité depuis les années 75 qui par son amplitude* bouleverse le rapport de l'homme au travail.

*Les matheux diraient que la dérivée de la productivité en fonction du temps est de type exponentielle depuis les années 70, par rapport à ce qu'elle fût jusqu'alors.

Ainsi, nous avons connu des destructions considérables d'emploi dans le domaine de l'agriculture.

Quelques chiffres.

En 1945: 10 000 000 d’agriculteurs pour moins de 40 000 000 hab.

Dès les années 50…

Mécanisation: Tracteurs / attelages animaux, Semoirs, Moissonneuses batteuses…

Remembrements: (rationalisation des surfaces vs mécanisation)

Enrichissement artificiel des terres vs fumures naturelles.

Traitements phytosanitaires

Conséquence:

En 2012: moins de 1 000 000 d’agriculteurs pour 65 000 000 hab.

Ratio « d’évaporation du métier d’agriculteur » presque 20 !

Et cela n'a pas empêché durant les "30 glorieuses" d'employer toutes ces personnes qui quittaient leurs provinces "pour monter" à Paris.

Cela a bien "fonctionné", jusqu'au milieu des années 70…

Jusqu'à la diffusion des techniques numériques programmables. Microprocesseurs, microcontrôleurs et autres FPGA (Field-Programmable Gate Array, réseau de portes programmables in situ) 

Ces technologies, associées à des techniques de programmations appropriées allant de la programmation séquentielle classique, aux réseaux de neurones et autre logique floue, permettent d'assurer des tâches que, jusqu'aux années 70, nous n'envisagions pas pouvoir être assurées par d'autre opérateurs que des opérateurs Humains.

Erreur de prospective.

Trier 50000 lettres à l'heure via l'usage de réseaux de neurones associés à une caméra, qui aurait imaginé un tel processus en 1960 ?

Cela fonctionne très bien… autant que 20 postiers au mieux de leur forme pour tenir ce rythme… plus de 20 heures par jours.

Intégrer  la "connaissance professionnelle" d'un docker qui manipule du haut de son portique, des conteneurs, dans un système de commande basé sur de la logique floue, cela existe.

Les automates de paiement en réseaux, basés sur de simples microcontrôleurs et qui ont mis et mettront au chômage des milliers de péagistes sur les sorties d'autoroute ou de caissières dans nos magasins, cela existe.  

Aujourd'hui, nous sommes en mesure de produire des biens et/ou des services pour nous, mais sans nous.

Mais… et le secteur tertiaires ? Les services, ne pourraient-ils pas réitérer "le miracle" de l'absorption des ouvriers agricoles qui seraient aujourd'hui nos ouvriers d'usine au chômage ? … du bis repetita .. !

Eh non ! Parce que c'est ce secteur qui a le plus intégré l'usage des technologies numériques.

L'usage des cartes "bleues" a mis combien de mécanographes, de guichetiers au chômage ? Les chiffres ne sont pas disponibles, mais assurément beaucoup.

Avec Internet et les moteurs de recherche, tout un pan de métiers "tournant" autour des publications (documentation, encyclopédies, journaux) a ou va disparaître.

Avec la reconnaissance vocale, combien d'opérateurs téléphoniques au chômage ?

Avec les courants porteurs/réseaux à très couts termes, plus de personnel pour relever nos divers compteurs.

Les robots dits "humanoïdes" sont déjà proposés aux plus nantis comme auxiliaires de vie auprès des personnes âgées. Dans les salons à la place des hôtesses. Dans les entrepôts à la place des vigiles (en plus des caméras et divers détecteurs naturellement).

… la liste est très longue.

Les services "transport" voila un domaine "où il y aurait beaucoup à gagner".

Pensez tous ces chauffeurs….!

Jetez un coup d'œil sur internet avec les mots clés "automobile autonome". Vous verrez que d'ici une vingtaine d'années ces métiers eux aussi disparaîtront. Ce n'est pas de la science fiction. Des véhicules allemands de série sont aujourd'hui disponibles.

http://www.challenges.fr/automobile/20130912.CHA4302/automobile-mercedes-google-et-nissan-en-pointe-sur-la-voiture-du-futur-qui-roule-sans-chauffeur.html

C'est INELUCTABLE… aujourd'hui les "machines" font ce que les hommes faisaient… vite, bien, le jour, la nuit, en août, sans syndicat, sans grève et sans opérateur humain.

Ces technologies débarquent aussi dans ce que nous appelons les ateliers du monde. Si bien que dès que les "salaires" qui y augmentent doucement, y seront tels que ces technologies y seront rentables, alors elles y seront "déployées", si bien ces pays, eux-aussi, connaîtront le chômage… et les relocalisations espérées pour nous, n'auront pas lieu.

Et ces jours ne sont pas loin. Rappelez-vous que "toutes ces choses" ont mis moins de 30 ans pour nous toucher. Aujourd'hui, elles ne sont plus à inventer… juste à déployer.

 

3) Pourquoi cette cause (importante) du chômage n'est pas, ou peu, répertoriée ?

Facteurs culturels.

D'une certaine manière, les équilibres traditionnels du monde du travail deviennent obsolètes.

L'homme, incontournable au centre du système de production, le prolétaire, a vécu.

(Le prolétariat en tant que classe.) Mais l'image… elle, nous poursuit.

Et pour cause, 20000 ans de bien-fondé de la relation production çè travail_humain, contre 20 ans à peine de production çè travail_automatisme , ça laisse des traces !

Facteurs psychologiques.

Depuis les années 68, nous vivons une véritable propagande du jeunisme. Or être jeune, c'est être moderne. Les automatismes sont modernes. On aime "être" jeune. On aime les automatismes.

La publicité suivante, financée il y a peu par l'état, traduit très exactement ce fait:

Si les automatismes créent du chômage, il est de très mauvais goût d'en parler !

C'est prendre le risque de passer pour un "vieux", un "ringard", un nostalgique.

Voyez cette femme "mûre", elle reste jeune, en vie…

Elle "like" les automates.

Elle nous invite à partager son enthousiasme…. à créer du chômage dans les rangs des agents de la poste.

Mais chutttttt…. ne plombez pas l'ambiance svp !

Facteurs économiques/mercantiles.

En mettant en concurrence automates et postes humains, outre le bénéfice comptable évident, le chômage engendré par ce remplacement contribue à augmenter la masse des demandeurs d'emploi. Et cette masse à partir d'un certain point (5% 6% ? 10% assurément) rend MECANIQUEMENT recevable les inflexions suivantes:

_diminution des prétentions salariales.

_diminution des prétentions concernant les conditions de travail (droit du travail bafoué).

_diminution des prétentions au syndicalisme (concertations affaiblies).

Et c'est cela qui est le plus important pour ceux du MEDEF, car de proche en proche tout le monde occidental va devoir rendre de ces "trop bonnes conditions de travail" au nom de la lutte contre le chômage

Géniale arnaque.

 

4) Faut-il débrancher les automatismes et revenir au fardier Cugnot ?

Le problème du chômage en Occident, compte tenu des critères évoqués ci-avant, résulte du fait que la masse de travail résiduelle (c.a.d diminuée de la part assurée par les automates), traduite en volume horaire requis pour l'assumer, est trop faible pour assurer le plein emploi "humain".

Pour faciliter la compréhension, assimilons cette masse de travail à assumer, à un gâteau.

À taille quasi constante du gâteau, la seule solution est de faire des parts plus petites puisque le dit-gâteau est grignoté par plus d'hommes* et beaucoup beaucoup plus d'automates de production et/ou de service.

*Je ne développe pas l'impact négatif d'une démographie "galopante" sur le partage du gâteau. ainsi que la pression considérable qu'exerce la surpopulation mondiale sur son environnement naturel. Il faut rompre avec la politique nataliste telle quelle apparaissait "utile" en 1945.

IL FAUT DIMINUER LE TEMPS DE TRAVAIL POUR ASSECHER LE CHOMAGE.

Durant toute son histoire, l'humanité a petit à petit, via les outils qu'elle inventait, diminué son temps de travail. plus de 60 h hebdomadaire au 19e siècle, 48 h en 1919, 40 h en 1936 (plus 2 semaine congés payés annuels) , 3 semaine en 1956, 4 semaines en 1969, 39h et 5 semaines en 1982, 35h en 2000…. et puis stop.

Mieux, grâce au chômage, le MEDEF revendique un retour en arrière….

Non, il faut naturellement poursuivre cette tendance. Travailler 4 jours par semaine, 24 h, voire 20. Lorsque les parts de gâteau seront assez petites, tout le monde pourra avoir sa part…. Sa part de travail et sa part dignité.

 

5)…. mais si la part est petite…. le salaire le sera aussi !

C'est vrai lorsque la relation travail/rétribution est attachée à une productivité donnée.

Jusqu'au milieu du 19e siècle, cette productivité croissait certes, mais lentement. C'est avec les débuts de la mécanisation qu'une rupture s'est produite. Elle est, du reste, corrélée par les premières diminutions du temps de travail (ex: limitation à 8h/j pour les enfants en 1841 !)

Mais aujourd'hui, qu'est devenue cette relation, lorsque l'homme est absent du processus de production, mais que la production évoquée existe et produit richesse et/ou service.

Lorsque nous voyageons sur une rame de métro sans conducteur (VAL Véhicule Automatique Léger) à Lille/Toulouse/Renne/Paris (progressivement)) Il y a bien production de service, mais sans travail humain associé.

Lorsque nous manipulons les cartes "bleues", les automates dans les divers bureaux de postes/banques/préfectures… nous obtenons un service, mais sans travail humain.

Lorsque 50000 lettres sont triées par un automate dans un service de tri, en lieu et place d'êtres humains… etc. Nous pourrions multiplier les exemples.

Donc, des richesses sont aujourd'hui produites, sans qu'il soit nécessaire que des hommes "donnent" de leur temps/force/dextérité manuelle/intellectuelle.

Ce ne sont pas les biens/services/richesses qui font défaut, ce sont leur partage.

                 

 

6) En résumé.

_Il faut diminuer de manière drastique le temps de travail.

_Il faut trouver les procédures techniques de droit et/ou de taxation sur les automates.

S'ils restent propriété privée, il faut les taxer pour que les sommes dégagées de ces taxes supplées au tarissement des contributions aux caisses de retraite et de sécurité sociale. 

Contributions impossibles pour les hommes de plus en plus nombreux que ces automates remplacent.

S'ils sont propriété de l'état, biens commun, alors les richesses qu'il dégagent doivent être redistribuées, comme l'est aujourd'hui l'impôt sur les revenus.

_Bien entendu tenter de développer des industries, à la condition expresse qu'elles ne contribuent pas à une politique de l'offre "purement mercantile", mais qu'elles soient respectueuses de l'environnement "global" et destinées aux seuls besoins réels des citoyens.

_Il faut rompre avec une politique nataliste "d'un autre temps".

C'est donc une révolution qu'il faut faire. Révolution dans nos têtes tout d'abord afin d'intégrer qu'effectivement, pour la première fois de notre histoire, la production peut se faire sans hommes, en tous les cas avec beaucoup moins d'hommes qu'auparavant.

Révolution tout court vis-à-vis des sources d'impôts et taxes qui devront s'appliquer pour toute mise en place d'automatismes.

Bien entendu, toutes les forces capitalistes fondront sur de tels projets. Ce ne serait pas la première fois qu'elles tenteraient de tout faire pour ne pas partager. Sur ce point au moins, il n'y aura pas de surprise.

   

Annexes:

http://ecrans.liberation.fr/ecrans/1998/05/22/l-homme-qui-voulait-taxer-les-robots_236981

http://blogs.mediapart.fr/blog/victorayoli/210613/taxer-les-robots-limportant-cest-la-rose

http://lesazas.org/2014/09/02/la-taxe-sur-les-robots-pour-financer-le-revenu-de-base-universel-ou-le-trfrbu/

http://ecodouble.farmserv.org/index.php?tag/Taxe%20sur%20les%20robots

http://www.lefigaro.fr/emploi/2012/09/20/09005-20120920ARTFIG00620-un-robot-intelligent-rejoint-les-ateliers-d-assemblage.php 


 

 

 

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