Les positions de la France insoumise sur les questions internationales

Le texte qui suit vise à recenser les principales positions programmatiques adoptées par la France insoumise en matière de politique internationale. Il s’appuie sur la consultation d’un certain nombre de documents :

Les questions liées à l’Europe ne seront pas directement abordées ici : elles feront l’objet d’un exposé spécifique en lien notamment avec l’actualité des élections au parlement européen au printemps 2019.

1. Un contexte marqué par une mondialisation capitaliste qui s’accélère et une domination des USA qui entre en crise

La chute du mur du Berlin en 1989, suivi de l’effondrement du bloc soviétique au début des années 90, n’a pas débouché sur la « fin de l’histoire » comme le prédisaient certains1, caractérisée par la domination sans partage de la « démocratie libérale » sous l’égide des USA et la victoire du TINA (There Is No Alternative) de Reagan et Thatcher. Car, même si l’ordre capitaliste semble s’être imposé à l’ensemble du monde, y compris à des pays anciennement « socialistes », tels que la Russie et la Chine, l’hégémonie des Etats-Unis sur la mondialisation néolibérale et la prééminence absolue du dollar, fait progressivement place à une mondialisation multipolaire.

L’affirmation politique, et non plus seulement économique, des BRICS (Brésil, Russie, Chine, Inde, et Afrique du Sud), qui représentent de 30% à 40% du PIB mondial, en est l’un des signes les plus marquants : voir le projet chinois de création d’un monnaie commune mondiale visant à se libérer de la domination du dollar, ce que ne peut accepter le capitalisme US, ou bien encore la lutte permanente pour l’accès aux matières premières énergétiques (pétrole, gaz) et métaux rares.

 

Les USA sont alors tentés de compenser cette perte d’hégémonie par leur prééminence militaire, acquise dès le lendemain de la seconde guerre mondiale : plus de 700 bases dans le monde, 620 milliards de dollars de dépenses militaires annuelles (840 avec les alliés de l’OTAN), soit 40% des dépenses mondiales et plus du double des dépenses cumulées de la Chine et de la Russie (voir tableau ci-contre). Accentuant cette tendance, D. Trump prévoit d’accroître encore plus cette fuite en avant militariste en augmentant de 54 milliards ce budget pléthorique. A noter, que les USA, pouvant faire fonctionner la planche à billets comme ils le souhaitent, ces dépenses d’armement constituent l’un des principaux leviers d’entrainement et de relance de leur économie (le fameux « complexe militaro-industriel »).

2. Le talon d’Achille de la mondialisation néolibérale: financiarisation débridée et impasse écologique

Outre la concurrence effrénée à laquelle se livrent les différents acteurs du capitalisme mondialisé (multinationales, Etats ou groupements d’Etats,…), concurrence exacerbée par les traités de libre-échange qui poussent au « grand déménagement du monde », ce capitalisme doit faire face à deux bouleversements majeurs qui en accentuent le caractère néfaste de par l’apparition de tensions internationales qu’il peut provoquer.

  • La financiarisation accélérée de l’économie mondiale depuis une trentaine d’années, qui se traduit par une hypertrophie des transactions financières dont le volume est sans commune mesure avec celui de l’économie réelle2, productrice de valeurs d’usage (biens et services visant à satisfaire les besoins sociaux). Elle a débouché sur la crise de 2008, dont nous subissons encore aujourd’hui les effets en termes de chômage et d’accroissement des inégalités, et dont de nombreux observateurs prédisent d’ores et déjà le retour prochain.

  • Les limitations imposées par l’évolution de la planète sous l’impact des activités humaines (l’« anthropocène »): finitude des ressources non renouvelables, pollution des eaux et des sols par l’accumulation de déchets non recyclables (plastiques),…et bien évidemment le changement climatique d’ores et déjà amorcé et qui menace de nombreuses populations qui se verront contraintes de migrer dans les années à venir (voir plus loin). Cette raréfaction (voire disparition à terme) des ressources naturelles vient aiguiser les conflits économiques entre nations et accroître le risque de conflits armés qui peuvent en résulter (exemples des invasions de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003).

La conjonction de ces deux « bifurcations » du système capitaliste productiviste appelle une réponse qui soit à la hauteur des enjeux de la part des partisans de la révolution citoyenne.

3. Principes de géopolitique insoumise: un « nouvel indépendantisme » au service de l’intérêt général humain

Les positions programmatiques de la France insoumise au plan de la géopolitique ne se définissent pas en fonction de slogans justes, mais qui restent quelque peu abstraits et incantatoires (« Prolétaires de tous les pays unissez-vous »), mais à partir :

  • d’une part d’une analyse rationnelle de la situation au plan mondial telle qu’elle a été décrite ci-dessus: celle de l’hégémonie contestée du capitalisme américain ;

  • d’autre part de la réalisation des objectifs de la révolution citoyenne que nous appelons de nos vœux dans le cadre d’un gouvernement insoumis au plan national, et qui doit servir de boussole à l’action internationale d’un tel gouvernement.

Le point de départ du programme de la France insoumise en matière de géopolitique est la notion centrale de souveraineté populaire associée à celle de citoyenneté. Or, en l’état actuel, celle-ci ne peut s’exercer pleinement que dans le cadre des états-nations3. Dans de telles conditions, une telle souveraineté populaire suppose une indépendance, qui ne doit pas être perçue comme un repliement nationaliste ou un quelconque souverainisme, mais bien au contraire comme une volonté de coopération et non de compétition généralisée à laquelle conduisent au contraire par exemple les traités européens actuels ou les traités de libre-échange.

On parle dès lors de nouvel indépendantisme qui, se donnant pour objectif la défense de l’intérêt général humain dans son écosystème, est en fait un nouvel internationalisme4. Il suppose donc par exemple de rompre avec toutes les coalitions particulières (OTAN, OMC, G7,…) destinées à perpétuer l’existence du capitalisme mondial sous domination US et à considérer que, aussi imparfaite soit-elle, l’ONU est le seul cadre international légitime et compatible avec l’exigence de souveraineté populaire. Loin de ne rester qu’un vœu pieux, la paix doit être un objectif politique qui nécessite la construction, difficile mais indispensable, d’outils juridiques internationaux.

4. Les principaux axes du programme de l’Avenir en commun

En préambule, la France insoumise propose de ne plus définir notre république comme « occidentale », mais par principe universelle et donc internationaliste.

  • « Instaurer l’indépendance de la France dans le monde »

  • « Sortir de l’OTAN et refuser la participation de la France à toute alliance militaire permanente de la France à l’exception des opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU ».

  • « Sortir du FMI et de la Banque mondiale pour œuvrer à la création d’un Fonds d’urgence sociale et d’une Banque solidaire d’investissement ».

  • « Renforcer et réinvestir l’ONU pour faire vivre un monde ordonné »

  • « Réaffirmer que l’ONU est le seul organe légitime pour la sécurité collective aux yeux de la France ».

  • « Créer une Organisation mondiale de l’environnement dans le cadre de l’Onu »

  • « Réformer la FAO pour favoriser la souveraineté alimentaire, la régulation des marchés mondiaux et la conversion écologique de l’agriculture »

  • « Refuser le libre-échange, instaurer un protectionnisme solidaire et la coopération économique »

  • « Intégrer les règles fondamentales de l’organisation internationale du travail dans les accords commerciaux ».

  • « Sortir de l’OMC et renforcer la CNUCED (Conférence des nations unies pour le commerce et le développement) comme organe légitime pour organiser le commerce mondial en fonction de l’intérêt général des peuples, à la place des G7, C20, FMI et OMC ».

  • « Construire des coopérations altermondialistes et internationalistes »

  • « En finir avec la Françafrique : respecter l’indépendance des Etats africains et la souveraineté des peuples (…) ».

  • « Adhérer à la banque de développement des BRICS et bâtir une nouvelle alliance altermondialiste (…) ».

  • « Soutenir le projet chinois d’un monnaie commune mondiale pour libérer l’économie mondiale de la domination du dollar ».

5. « Respecter les migrants ; régler les causes des migrations »

La question des migrations de populations a été mise au premier plan par l’actualité récente : périple de l’Aquarius pour sauver les naufragés en Méditerranée, constitution d’un axe nationaliste-xénophobe Orban-Salvini en Europe, polémique sur les prétendues « ambiguïtés » de la France insoumise sur le sujet5, etc. Certes, cette question est largement instrumentalisée (notamment à des fins électorales par les partis d’extrême droite), car il est faux de parler aujourd’hui de « crise migratoire », le flux de migrants et de réfugiés vers l’Europe étant passé de plus de 1 million en 2015 à 70 000 en 2017. Il n’en demeure pas moins qu’elle constitue l’un des éléments importants d’une politique insoumise en matière internationale. Elle comporte deux volets bien distincts :

  • Dans l’immédiat, la France insoumise considère que l’Europe, et la France en particulier, doivent s’organiser pour pouvoir répondre au devoir d’humanité qui est d’accueillir ces migrants arrivant sur son sol dans les meilleures conditions possibles. Elle a fait des propositions précises et détaillées en ce sens, notamment dans la cadre de la discussion sur le projet de loi Asile-Immigration avec la sortie d’un livret intitulé : « Pour une politique migratoire humaniste, solidaire, raisonnée et réaliste »6.

  • Mais contrairement aux idées reçues propagées notamment par la droite et le gouvernement7, ces migrations sont dans leur très grande majorité, des migrations contraintes. Guerres, dictatures, mais aussi destruction des économies locales par des accords commerciaux inégaux, tels sont les facteurs déclencheurs de ces mouvements de population, et auxquels il faut s’attaquer dès à présent. En effet, si les flux actuels de réfugiés restent encore limités et doivent/peuvent être traités avec respect et humanité, qu’en sera-t-il avec les effets du changement climatique à plus long terme ?

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1 En référence au livre du politologue américain Francis Fukuyama paru en 1992 : « La fin de l’histoire et le dernier homme ».

2 D’où l’intérêt d’une taxe sur les transactions financières qui, malgré quelques timides tentatives de mise en place, n’a toujours pas vu le jour.

3 De ce point de vue, on ne peut pas aujourd’hui parler de souveraineté populaire à l’échelle de l’Union Européenne, la notion de peuple européen n’existant pas.

4 J.-L. Mélenchon développe ce point dans https://lafranceinsoumise.fr/2018/06/01/efi5-geopolitique-insoumise/ (à partir de 55mn).

5 Critiques de mauvaise foi en provenance de la droite macroniste (B. Griveaux, N. Loiseau) qualifiant la FI de « nationaliste », mais aussi malheureusement de la gauche (PCF, Génération.s, NPA,…).

6 https://lafranceinsoumise.fr/app/uploads/2018/04/propositions-alternatives-projet-loi.pdf

7 Voir les propos du ministre de l’intérieur G. Collomb évoquant le « benchmarking » des migrants.

 

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