Devise ou Devises ?

 

 … Le p'tit coin culture.

1_ Liberté-Egalité-Fraternité   Origine de la devise de la République Française.

La liberté et l'égalité des hommes sont posées comme principes en France dans l'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

Ces mots sont dans le texte qui fait partie du préambule de la Constitution de la Cinquième République française : « Article Premier. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. ».

⇒ Liberté Egalité en 1789  Fraternité ajoutée en 1790 

L’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme (58 Nations unies  1948) inclut les femmes et ajoute l’obligation de fraternité : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. ». 

En 1793, la commune de Paris impose d'inscrire « La République une et indivisible - Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort » sur la façade de l'hôtel de ville, sur tous les édifices publics de la ville et aussi sur des monuments aux morts.

Cette devise est adoptée officiellement en France une première fois le 27 février 1848 par la Deuxième République, et surtout après 1879 par la Troisième République, inscrite aux frontons des édifices publics à l'occasion de la célébration du 14 juillet 1880. (1)

 

2_ Et pour d'autres pays… quelles devises ?

 Quelques exemples.

Afrique du Sud             L'unité dans la diversité            

Algérie                         Par le Peuple et pour le Peuple

Angola                        L'union fait la force                 

Bénin                           Fraternité - Justice - Travail                 

Burkina Faso                Unité, Progrès, Justice             

Burundi                        Unité, Travail, Progrès             

Cameroun                    Paix, Travail, Patrie

Côte d'Ivoire                Union, Discipline, Travail                     

Soudan                         Dieu, peuple, patrie                  

États-Unis                    De plusieurs, un  (1789) ⇒ En Dieu nous avons foi (1863)

Mexique                        La patrie est la première 

Panama                          Pour le bien du monde                       

Paraguay                        Paix et Justice                      

Pérou                           Libre et Heureux par l'Union

Israël                           Aucune devise officielle                     

Turquie                         Paix dans le pays, paix dans le monde               

Viêt Nam                     Indépendance, liberté, bonheur             

Yémen                        Dieu, la patrie, la révolution                  

Danemark                    L'aide de Dieu, l'amour du peuple, la force du Danemark                      

Espagne                       Encore au-delà            

Luxembourg                 Nous voulons rester ce que nous sommes                     

Roumanie                     Rien sans Dieu              

Royaume-Uni               Dieu Et Mon Droit                     

Suisse                           Un pour tous, tous pour un

(2)

La laïcité n'est pas partout !

3_ Pourquoi ces mots Liberté Egalité (Fraternité) en 1789 ?

 

 

 

3-1 Définitions. (CNRS/CNRTL)

 

Liberté:  Condition de celui, de ce qui n'est pas soumis à la puissance contraignante d'autrui.

Egalité:  Fait de ne pas présenter de différence quantitative.

Fraternité:  Lien de parenté entre les enfants issus de mêmes parents. (ici dérivée de frères)

Dans la devise républicaine, le mot fait résonner l'idée que tous les hommes sont frères et devraient se comporter comme tels, les uns vis-à-vis des autres.

Il est intéressant, voire important, de souligner que 2 des 3 mots de la devise désignent un état, Liberté et Egalité, un seul, Fraternité désigne une valeur.

 

3-2 Choix/Ordre des mots parmi tant d'autres (voir ci-avant les quelques exemples d'autres nations)

Il est probable que les choix sont, pour une part, liés aux circonstances de la rédaction d'une devise. Ainsi " L'unité dans la diversité" de la devise de l'Afrique du sud (> 2000) est évidemment liée à l' apartheid.

Dans cette logique d'adéquation possible entre choix d'une devise nationale et les caractéristiques sociétales saillantes de la nation qui la rédige, il est possible d'avancer que la France Révolutionnaire de la fin du XVIIIe siècle réclamait, aspirait, à plus de liberté, plus d'égalité pour les citoyens, plus de fraternité entre ces derniers.

 

La lecture du français se faisant de gauche à droite, il est même possible de penser que l'ordre des mots qui composent notre devise correspond à une hiérarchisation des aspirations de la République. En d'autres termes, le manque le plus fort à combler était la liberté, puis l'égalité et enfin la fraternité.

Mais comme nous allons tenter de le montrer, logique n'est pas nécessairement raison dans le champ des affaires humaines.

 

3-3 Qui a inspiré cette devise et quel est le sens de ses termes à cette époque ? 

Robespierre l'emprunte à Desmoulins qui l'emprunte à La Fayette qui l'emprunte à… ?

En tous les cas aux intellectuels du siècle dit des lumières 1715-1789 qui l'empruntent à…?

Pour ce qui est de la fraternité, il n'est pas exclu que la source soit religieuse, en l'occurrence catholique.

Un nom moins connu (du grand public) pourrait avoir inspiré le terme liberté de la devise. Il s'agit de Emmanuel-Joseph Sieyès(3) ou l'abbé Sieyès , né en 1748 à Fréjus et mort en 1836 à Paris. C'était un homme d'Église, homme politique et essayiste français, surtout connu pour ses écrits et son action pendant la Révolution française.

Rien n'est simple… "notre" Sieyès avait comme livre de chevet, les ouvrages du britannique John Locke (1632-1704), promoteur du mouvement que l'on dénommera "Libéral" au 19e siècle. L'un était Catholique (Sieyès), l'autre protestant (Locke).

Un "détail" important:

Les membres du Tiers Etat aux états généraux représentaient essentiellement la bourgeoisie(4)

Les états généraux étaient une assemblée constituée, pour la première fois, en 1302 par le Roi Philippe le Bel, réplique à une bulle pontificale (Boniface VIII) qui rappelait la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel.

La raison d'être des états généraux était de pouvoir être convoqué en cas de crises graves, financières notamment.(ce fut le cas le 5 mai 1789, sous le règne de louis XVI).

Les états généraux comptaient 3 groupes sociaux désignés (non élus): Le clergé, la noblesse et le tiers-état (⇒ membres issus de "bonnes villes" … des bourgs ⇒ les bourgeois)

 

Liberté:

Le terme Liberté n'avait peut être pas le sens que lui donnait, avec des yeux brillants, un esclave noir en Virginie à cette époque.

En fait le concept de liberté concernait la liberté du commerce et de l’industrie. Liberté revendiquée par la bourgeoisie d’exercer tous les métiers qu’elle voulait et dans toutes conditions.

En particulier, en abolissant les corporations qui avaient pour effet, selon elle, de freiner les inventions et idées nouvelles par leur comportement très conservateur.

Un des actes phare de la Révolution a été la suppression des corporations (loi le Chapelier du 14 juin 1791).

Dès lors, la classe bourgeoise a son permis de construire… la liberté d'entreprendre.


La « liberté au sens de 1789 » est un concept né du développement du commerce et de l’industrie et l’on pourrait, à ce titre, aisément le qualifier de libéral, au sens qu’a pris ce mot par la suite mais expurgé à l'époque de son actuelle connotation financière.

 

Egalité:

Pour le terme Egalité, certaines analyses soulignent qu'il ne s'agit pas de tendre vers une égalité au sens mathématiques du terme, mais plutôt de répondre à une distorsion des droits entre deux classes; la bourgeoisie et la noblesse.

Nous l'avons déjà écrit, à cette époque, industries et commerces étaient des sources d'enrichissement émergentes, négligées par la noblesse (trop vulgaires !...) mais explorées/exploitées par la bourgeoisie, qui contestait les droits "divins" d'accès aux postes de responsabilité réservés aux seuls nobles.

Inégalité qui freinait ses désirs d'enrichissement via ces nouveaux secteurs (industrie en particulier)

L'Egalité, dans ce sens, désignait donc la volonté de retirer des privilèges à la noblesse, de déverrouiller les "positions-clés" seulement accessibles aux "porteurs de particules". 

 

Fraternité:

Enfin l'interprétation historique la moins "certaine" est probablement celle attachée au terme Fraternité. S'agissait-il d'une valeur puisée dans la culture religieuse prégnante pour le plus grand nombre, à savoir le Tiers Etat. Une forme de concession au peuple, une concession qui aurait compensé les deux premiers termes de la devise, dont nous venons de voir qu'ils ne servaient en fait, que les intérêts de la bourgeoisie.

 Cette hypothèse de terme "compensateur", validerait sa troisième et dernière position dans la devise. C'est en 1790 que ce mot a été ajouté à la devise de 1789 "Liberté-Egalité"

Remarque: 

Il ne faut pas trop  idéaliser le poids du peuple dans la construction symbolique de la république (sa devise notamment). De Robespierre, Desmoulin, Danton, Sieyès, Marat, De Condorcet, De Saint Just, Marie-Anne-Charlotte de Corday, Olympe de Gouges …. etc   étaient soit de noble extraction, soit des intellectuels (avocats, médecins, scientifiques), mais pas vraiment des "culs terreux".

Cette remarque ne signifie pas qu'ils ne sont pas les véritables instigateurs de la République, mais juste qu'ils transportaient avec eux, leurs bagages sociaux leurs cultures et que le peuple était probablement une théorie pour eux comme le tiers monde ou la misère est une théorie pour la plupart d'entre nous, sympathisants de la FI aujourd'hui.

Il ne s'agit pas de dire qu'être intellectuel est par essence disqualifiant pour s'engager en politique, mais peut être d'accepter que ce statut ne garanti en rien la pertinence systématique des analyses sociétales qu'il produit.

En conclusion de ce paragraphe consacré au sens des mots et de leur place dans la devise de la République Française, il est donc important de souligner qu'il ne faut pas leur plaquer nos définitions contemporaines, pas plus qu'ils ne répondaient directement  aux souhaits du peuple, mais plutôt à ceux de la classe bourgeoise (au moins pour les termes Liberté et Egalité).

 

 

Illustration humoristique de cette relativité des interprétations de la devise….

 

4_ Ces mots Liberté Egalité Fraternité de nos jours.

Le terme Liberté se porte bien, du moins dans son sens initial de la liberté d'entreprendre.

Ainsi la constitution Européenne offre certes aux individus la liberté de circuler dans tous les pays dits de l'espace Shengen, du moins pour ceux qui peuvent "se le payer", mais offre également à une entité "non humaine", la concurrence, d'y être elle aussi, libre et sans entrave possible (non faussée).

Ainsi la concurrence qui, exacerbée, est une forme de guerre avec son lot de victimes, est revêtue de l'habit enviable de la Liberté !  Qui ne voudrait pas vivre dans des nations libres….

quitte à y  mener batailles ?

C'est sur le mot dérivé de liberté que le capitalisme essoufflé a fait sa mue, en endossant le terme de Libéralisme. De M. Thatcher à  E. Macron la vente à la découpe des biens publics, la mise en morceaux des acquis sociaux sont le résultat de cette fameuse liberté d'entreprendre, librement et sans entrave… liberté d'entreprendre librement pour ses profits personnels, loin de se préoccuper des autres !

Liberté sans le joug de l'état… l'Etat c'est le problème, aux yeux des libéraux.

En d'autre termes, pour nous, liberté sans le joug de la République ! Et voilà, l'inversion des valeurs, 230 ans après l'adoption de notre devise. La liberté tue la République !

Pis, depuis 60 ans, la 5e République ne cesse de restaurer la monarchie, notre souverain actuel

dans son palais Elyséen endosse la toge de Jupiter… Progressisme ou régression ?

Miracle de la communication, c'est le progressisme qui est retenu. 

Et l'égalité ?

Théoriquement nous devrions tendre vers l'égalité des chances, des espérances de durée de vie, des revenus à travaux égaux, des accès aux soins, des traitements devant la justice, … etc.

Or nous observons tout au contraire, depuis le début des années 80 (Mitterrand), un affaiblissement très considérable de cette théorique vertu Républicaine qu'est l'égalité.

Egalité… ou accroissement des inégalités ? 

Notons que les inégalités sont bien plus marquées aux USA qu'en France. Sans doute un vestige de la protection sociale, que nos dirigeants rognent de mandat en mandat.

Mais ce pognon de dingue, qui ne sort pas les miséreux de la misère, sera à coup sûr mieux utilisé par les premiers de cordée… avant de ruisseler, s'il en reste, vers les sans dent.

Bref, si l'égalité n'a jamais existé, ce n'est pas de nos jours qu'elle est recherchée.

Elle passerait par des contraintes et des contrôles d'état inenvisageables au pays de la liberté d'entreprendre.

La suppression de l'ISF, la diminution des dotations aux associations, le durcissement des conditions d'accès à Pôle Emploi sont autant de facteurs qui accroissent les inégalités sociales. 

Un dernier exemple plus subtil, la réforme du Bac du ministre de l'éducation JM Blanquer, accentue encore les chances des jeunes des familles bien informées par rapport aux jeunes des familles modestes, en imposant un savant slalom entre des options que seule une minorité de famille est en mesure de maîtriser, soit par leur connaissances effectives soit par leur possibilité de monnayer des conseillers et des formateurs privés… tiens, vous avez dit privé !

 

Il reste la fraternité.

Il est difficile de savoir si les citoyens Français étaient plus fraternels à l'époque de la révolution, qu'ils ne le sont aujourd'hui.

Nous avons souligné que des trois mots de notre devise, fraternité est le seul qui nomme une valeur et non un état. En ce sens, il revêt un caractère humain et de ce fait elle (la fraternité) n'est probablement pas également pratiquée.

Osons avancer l'hypothèse que la fraternité est une valeur "plutôt" de gauche. La culpabilité éprouvée de "savoir" qu'un semblable est dans une situation difficile, n'est pas vraiment un marqueur libéral… sauf à en faire une nouvelle niche à entreprendre.

Dans cette hypothèse, l'effritement de la gauche en France pourrait être un indicateur selon lequel la fraternité est moins "commune" aujourd'hui que dans le passé.

Moins subjective est l'analyse qui avance que fraternité et égoïsme sont antinomiques.  

Dans ce cas là, également, la fraternité serait en déclin.

Beaucoup de sociologues soulignent la montée des individualismes, voire du narcissisme, promus par les sociétés libérales qui flattent l'intérêt privé et dénigre le bien public et ses serviteurs que sont les fonctionnaires, hormis ceux des forces armées et de la police, naturellement.

Un modèle politique qui  promeut un modèle économique basé sur les startups,

l’individuel vs le collectif, indirectement flatte l’égoïsme ⇒ donc moins de fraternité.

Les smartphones, interfaces des réseaux sociaux, exacerbent le narcissisme, la quête du "like".

C'est sans doute la réalisation d'un trait de caractère humain rendu possible par la disponibilité de ces appareils, mais c'est pour autant une réalité.   

Les associations caritatives sont un cadre laïque de la fraternité.

Mais depuis la crise de 2008, elles sont impactées par un certain nombre de mesures qui tarissent leurs financements et donc leur capacité d'employer des personnes hors bénévolat (baisse des emplois aidés en 2017 ⇒ 77000 suppression d'emplois (5) ).

Bref, la fraternité n'est pas aidée !

 

5_ Usée et/ou dévoyée. 

Entre les idéaux philosophiques portés par les trois termes de la devise républicaine Liberté-Egalité-Fraternité, la genèse plus matérialiste des deux premiers et l'affaiblissement du troisième, il y a matière à douter de la pertinence à continuer de l'honorer.

Certes, la théorie est belle, mais la pratique l'est beaucoup moins.

Abolir la monarchie actuelle, la 5e République est, bien entendu, le premier objectif à atteindre.

Ensuite il faut espérer qu'une 6e République saura redonner à notre devise les significations philosophiques dévoyées depuis l'origine et/ou altérées depuis.

Un symbole "révolutionnaire" pourrait résider dans le courage de recomposer notre devise:

Liberté-Egalité-Fraternité ⇒ Fraternité-Egalité-Liberté.

Non pour mettre les citoyens en prison, mais tout au contraire pour les libérer du dogme libéral destructeur de nombreuses formes de vie sous prétexte de compétitions (libre et …).

Mettre en tête de notre devise une valeur, la fraternité, en lieu et place d'un outil d'aliénation, bien caché derrière l'oxymore Liberté libérale, serait la marque d'une rupture forte et nette !

 

6_ Conclusion.

Nous avons tenté de montrer que notre devise, comme l'histoire d'une  nation*, est un brin idéalisée.

Nous avons souligné en particulier que le terme Liberté est, depuis l'origine, avant tout entrepreneurial, et tout particulièrement de nos jours où il sert de support à l'idéologie libérale.

Sans remettre totalement en question les analyses avancées dans ces lignes, il est nécessaire de souligner que ce n'est pas la devise qui fait le pays. Ainsi "Dieu Et Mon Droit", la devise de la Grande-Bretagne, fort différente de "Liberté, Egalité, Fraternité" ne disqualifie en rien ce pays dans la course au libéralisme.

Le libéralisme occidental domine probablement pour des raisons transversales à l'ensemble de l'Occident. De ce fait, ces raisons sont sans doute à rechercher dans les soubassements de nos cultures religieuses communes qui, bon-an mal-an, sont très compatibles avec la recherche sans limite du profit matériel en ce bas monde**.

Il se trouve "juste" que la construction de notre devise, au terme Fraternité près, colle parfaitement bien au principes requis pour une concurrence libre et non faussée !

Combattre cette idéologie pourrait, symboliquement au moins, consister à déplacer le terme Liberté au profit du terme Fraternité.

                                               Fraternité-Egalité-Liberté

 

*Une nation est une société unie par des illusions sur ses ancêtres, et par la haine commune de ses voisins.  William Inge (dramaturge Américain 1913-1973)

**"Bienheureux les pauvres…" ou bien "Rendez à César, ce qui appartient à César…"…

 

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9,_%C3%89galit%C3%A9,_Fraternit%C3%A9

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_devises_nationales#Europe

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel-Joseph_Siey%C3%A8s#Th%C3%A9ories_politiques_et_philosophiques

(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Tiers_%C3%A9tat

(5) http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/11/30/20002-20181130ARTFIG00133-la-baisse-des-contrats-aides-a-entraine-77000-suppressions-d-emplois.php

 

 

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