Ou comment ceux qui sont aux commandes en France alternent postes de gouvernement et postes de direction dans les entreprises privées, en mettant leur expérience de l’état au service d’intérêts privés.

La France est le seul pays à connaitre une telle perméabilité entre intérêts privés et publics. Cela a commencé avec les privatisations et a empiré sous Macron. Serait-ce une des raisons de la décadence de la France ?

 

1 Cette habitude n’est pas nouvelle

Un millier de fonctionnaires d’Etat par an pantouflent

Quelques exemples :

Julien Pouget, conseiller économique de Hollande parti chez TOTAL

Xavier Piechaczyk, conseiller transport et environnement de Hollande a rejoint RTE ( transport electricité)

David Kessler , conseiller culture et communication chez Orange

Benoit Loutrel, de l’Autorité de régulation des communications électroniques chez Google

Les banques :

David Azéma : l’Agence des Participations de l’Etat Merryl Lynch.

Etc. Les cas de ballades des postes importants de l’état au privé sont légions :

Jean Jacques Barbéris : conseiller Hollande -gestion d’actifs CA et SG,

Laurence Boone : conseiller économique Barclays Banf of America, Merril Lynch.

Gilles Grapinet : conseiller de Raffarin- Crédit Agricole

Pierre Mariani : dir cab de Sarkozy BNP, Dexia

Rétro Pantouflages

Macron : l’ENA Rothschid au gouvernement

Nicolas Namias : direction du Trésor CE conseiller Ayrault Natixis

Pantouflages problématiques avec conflits d’intérêts :

Enarques chargés de piloter la politique économique de la France qui préfèrent pantoufler dans le privé

Paul Lagneau-Ymonet, sociologue © Radio France / B.Collombat

« Le rapport de force entre l’ordre économique et l’ordre politique a bougé en faveur de l’ordre économique. À l’échelle individuelle, les opportunités de carrière offertes à d’anciens hauts fonctionnaires dans le privé sont incomparables. Autrefois, vous pouviez décider de servir l’Etat parce que vous vouliez avoir le pouvoir, puis vous alliez dans le privé parce que vous vouliez l’argent. Aujourd’hui, vous pouvez avoir le beurre et l’argent du beurre, dans un temps très réduit. »

Ainsi, le salaire d’un haut fonctionnaire qui va « pantoufler » dans la banque peut être multiplié par dix, voire plus.

  • Un pantouflage encouragé par l’Etat

En théorie, un haut fonctionnaire sert l’Etat pendant dix ans, dont quatre juste après son diplôme, sous peine de rembourser « la pantoufle », c’est à dire une partie du coût de ses études payé par l’Etat. Mais dans la pratique, les délais pour "pantoufler" sont de plus en plus courts, spécifiquement pour certains corps de l’Etat, comme les Inspecteurs des Finances. Selon le sociologue François Denord, "les sorties vers le privé s'effectuent relativement tôt" et elles concernent également des cadres de Bercy, où le MS3P (Mission suivi personnalisé et parcours professionnel) s’occupe de recenser les offres de recrutement venues du privé :

Au sein de la haute administration, un grand corps d’État incarne la difficulté à dresser des barrières étanches entre secteur public et secteur privé : l’Inspection générale des finances (IGF). Impossible pourtant à l’heure actuelle d’évaluer ce processus et les possibles conflits d’intérêt qui en découlent, du fait du manque de données publiques.

On a retracé le parcours des 333 inspecteurs et inspectrices issus des 40 dernières promotions (1976 à 2016). Le résultat des recherches est édifiant :
 Sur les 333 inspecteurs recensés, plus de 55% travaillent ou ont travaillé dans le secteur privé.
 Plus de 34% sont passés par le secteur bancaire à un moment donné de leur carrière.
 Et près de la moitié reviennent dans le secteur public après avoir travaillé dans le privé.

 

2 Une habitude qui s’est amplifiée en quantité et en qualité depuis 2017

Le phénomène a pris une ampleur inédite depuis la dernière présidentielle.

Un exemple : Benoît Loutrel, directeur général de l’Arcep, l’autorité de régulation des communications, devenu en 2017 lobbyiste pour Google.

Dorothée Stik, qui a participé à la campagne de Macron tout en travaillant à la direction du Trésor, partie dans la banque d’affaires de Jean-Marie Messier un mois après la victoire de son candidat.

L’exemple vient d’en haut ! Emmanuel Macron, inspecteur des finances, a travaillé chez Rothschild, et Edouard Philippe, membre du Conseil d’Etat, a fait du lobbying pour Areva et a été avocat dans un cabinet anglo-saxon. Le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, et le directeur de cabinet du Premier ministre, Benoît Ribadeau-Dumas, sont eux aussi des énarques qui ont pantouflé dans le privé.

Corso Bavagnoli : à la direction du Trésor, interlocuteur de l’Etat pour les banques Lazard

La transformation de l’ISF en IFI a fait économiser 50 000 euros par an à M Pénicaud

Idem pour Emmanuelle Wargon économie de 34000 par an

Delphine Gény-Stephan : Trésor, puis Saint Gobain, , Thalès : économie de 50 000 par an

Elisabeth Borne, a dirigé la RATP de 2015 à 2017, a travaillé chez Eiffage , comme ministre des transports , travaille sur la transformation en autoroutes de 92 km de routes.

Cas Estelle Grelier, secrétaire d’état aux collectivités locales de Hollande, est maintenant chez Saur, ( gestion de l’eau) et peut appeler les maires et syndicats communaux pour vanter les mérites de Saur.

3 Où est le problème ?

L’indécent n’est pas que des responsables publics partent dans le privé, mais qu’ils s’occupent des affaires publiques et du lobbying pour le compte de ces entreprises, en monnayant leur connaissance de l’Etat, au lieu de travailler à la création de richesse.

QQ exemples de pantouflages qui désservent l’intérêt public :

Le groupe Korian, en 2018 éreinté par la presse pour sa mauvaise gestion des ehpad : sa directrice générale, Sophie Boissard, ENA, Conseil d’état, etc, réussit à calmer l’affaire, émoluments : 1 million.

4 Un exemple des effets du mélange des genres : une fausse loi bancaire

La loi dite de séparation bancaire en juillet 2013 reste très timide. Elle ne sépare pas réellement les activités spéculatives des banques, des activités de crédit. Thierry Philipponnat, directeur du think tank Institut Friedland, ancien secrétaire général de l’ONG Finance Watch considère que le lobby bancaire pèse sur le législateur :

« Cette loi bancaire a été adoptée parce que les responsables des grandes institutions financières ont convaincu ceux qui avaient le pouvoir politique que ce texte devait avoir l’apparence de la réforme. Mais en réalité, cette loi n’a pas changé grand-chose… »

 

5 A quel moment ces pratiques se sont-elles normalisées ?

D’abord, depuis les privatisations, les hauts fonctionnaires ont pris l’habitude de pantoufler dans les grandes entreprises. Ensuite, ils comparent leurs rémunérations avec celles de leurs copains du secteur privé, qui ont augmenté de manière astronomique ces dernières années. Mais c’est aussi un état d’esprit qui est en cause. Il y a la perte d’une certaine idée du service public, désormais considéré comme un simple élément de carrière, même si ce n’est pas vrai partout et pour tous.

6 Comment faire évoluer les choses ?

La HATVP a une efficacité limitée, d’abord par sa composition (président plus 2 nommés par le gouvernement) et par les restrictions de ses contrôles à des prises illégales d’intérêt réduites. Il faudrait redonner tous les moyens dont elle a besoin à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et en la rendant plus indépendante, d’autant qu’elle a désormais repris les missions de la Commission de déontologie de la fonction publique. Il faudrait aussi durcir les règles de passage des hauts fonctionnaires dans les lobbies ou dans la vie politique. Au Royaume-Uni, un fonctionnaire est obligé de démissionner du service public dès qu’il se présente à une élection. En France, il peut demander un détachement et conserver ainsi son emploi et son avancement

 

Marie.

 

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